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La Dépêche du midi (Article paru le 26/09/2005)

100 km MILLAU - 2005
jeudi 29 septembre 2005 par Dominique

Françoise n’a pas fini
D’une voix douce, Françoise raconte sa course. Une première, à Millau, sur ce long ruban de 100 kilomètres avec lequel elle rêvait de jouer. Pour y arriver, la jeune femme, venue de Béziers, s’était préparée méthodiquement durant huit mois. Du vélo, de la marche, des courses, tant de choses, tant de petits détails qui devaient la conduire jusqu’au parc de la Victoire. Françoise n’était pas exigeante, elle ne parlait pas de temps, ni de chrono futuriste, elle voulait atteindre la ligne d’arrivée. Pour cela, elle comptait sur sa facilité à gravir les nombreuses côtes du parcours. 45 kg à soulever pour 1,63 m, le défi du relief n’était pas un handicap. Bien au contraire, son physique de grimpeuse était un atout, là où tant d’autres pleurent à Millau leurs dernières larmes de sueur sur les pentes du tracé.

Françoise comptait, aussi, sur sa volonté ; sur cette soif de vivre, de lutter qu’une expérience douloureuse de la vie venait de lui enseigner. Un jour pas comme les autres, un passage clouté, un carrefour, un type qui roule trop vite, qui ne voit pas le petit bout de femme devant lui, Françoise vole en l’air, en éclats. Les pompiers la ramassent avec inquiétude pour son avenir. Beaucoup d’autres auraient pu y laisser leur mobilité, vivre leur avenir en chaise roulante, Françoise s’en sort miraculeusement. Le sport, qu’elle pratique depuis une poignée d’années, vient de lui sauver l’usage de ses jambes ; ses muscles entraînés par l’effort ont protégé les os de l’impact.

DÉTACHEMENT

Pudiquement, Françoise évoque deux mois de béquilles avec détachement. Elle ne parle pas de la douleur, du combat qu’elle a mené pour retrouver un usage sportif de ses jambes. Elle reconnaît qu’entre la faiblesse de tout laisser tomber, de craquer droit vers la dépression, elle a souhaité s’engager sur le chemin de la volonté, du renouveau. Aussi, à Millau, elle a toutes les raisons de finir et une autre encore. « Je veux connaître mes limites », explique-t-elle doucement.

On aurait envie de lui dire qu’elle les a rencontrées mieux que quiconque lors de son face-à-face avec l’accident. Si elle l’entendait, on ajouterait qu’elle n’a plus rien à prouver mais Françoise est trempée dans l’acier. Elle sait ce qu’elle veut. Elle a franchi récemment le cap des 50 kilomètres. Le chiffre de 100 est devant elle, fort, symbolique, chargé d’inconnus. Alors, pour effacer le ciel de traîne de l’accident, pour s’engager dans un domaine physique que peu abordent, Françoise a pris le départ des 100 kilomètres millavois.

Avec sa petite foulée, elle a passé les 40 kilomètres, les 50, les 60, mais n’est pas allée au-delà des 70. Son corps a dit non. Pour des tas de raisons, pour des détails que la sportive ne maîtrisait pas encore. Alors qu’elle connaissait une chute de tension importante, que la perte de connaissance se profilait à l’horizon, Françoise, soutenue par les services de la protection civile, a appris que ses 45 kg étaient insuffisants pour aller jusqu’au bout de l’aventure, qu’elle aurait dû manger autant de salé que de sucré pendant l’effort.

Françoise s’est relevée, sagement, elle a abandonné, comprenant qu’il lui faudrait encore un peu de temps pour dompter les 100 kilomètres qu’elle rêvait de placer dans la cage dorée de ses rêves. Elle reviendra dans deux ou trois ans pour tenter le grand défi, pour retrouver cette course faite « de solidarité, d’humanité ».


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