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...18 km de frissons !

2007 - Les Flambeaux
lundi 12 novembre 2007 par Sandrine

Rappelez vous, il y a peine deux mois de cela, je m’étais régalée du Noctutrail de Sully, un vrai conte de fées où Domi m’avait accompagnée au pays des Elfes et autres hôtes des bois enchanteurs…

Il ne m’en fallait pas plus pour me décider de participer à la course de Flambeaux en ce week-end du 11 novembre… !!

Une course annoncée de 18 km entre le charmant village illuminé de Montfort l’Amaury, la lisière de la forêt de Rambouillet, et les Mesnuls…Ce sera donc bitume et forêt by night, avec flambeaux tout le long du chemin, en théorie un rêve éveillé dont je m’imagine déjà l’actrice ravie !!!


Nous voici donc partis à la nuit tombante avec Domi, la météo est presque idéale pour un samedi d’automne, il fait juste frais, il ne pleut pas, donc tout va bien !!!

Domi et moi nous inscrivons sur place, nous aurons droit à un tee-shirt du trail des Cerfs (voilà ce que c’est de s’inscrire en retard !!) et à un dossard qui correspond aux 10 km (car la course a attiré plus de monde que prévu…)

Nous retournons nous préparer à la voiture, j’opte pour des vêtements un peu plus chauds, Domi me prête son bonnet, je règle ma frontale, me voici prête !!!

Dernières discussions avec les kikous, j’essaie de trouver de bonnes âmes qui pourraient courir avec moi sur ce parcours, Domi fera sa course à son rythme, mais moi je n’ai guère envie de courir seule dans la nuit, alors je trouve un couple qui me disent courir doucement, j’essaierai donc de les suivre …

Petit briefing de l’organisation, et nous nous dirigeons vers le départ.

Le haut du village est magnifique, éclairé de toutes parts, la Tour Anne de Bretagne domine majestueusement ses remparts illuminés, Montfort est escarpé, une cité historique où l’on peut encore battre le pavé…

Ce que nous allons faire dès le départ donné par le lancement d’une fusée d’artifice.

C’est parti pour une belle balade…

Notre bande de kikoureurs est pour le moment soudée, on essaie de faire au moins quelques mètres ensemble, Tatt’s et Tess délirent à faire des photos de ce départ groupé, on fait les pitres, on s’amuse, on rit, c’est ça le phénomène Kikourou !!

Nous longeons les remparts, il manquerait un guide pour nous expliquer l’histoire ancienne de ces fortifications, et cela commence déjà à grimper !

Je n’ai déjà plus en vue aucun de notre troupe, je pars tranquillement comme à mon habitude, surtout en démarrant par une aussi jolie butte !

On chemine sur les pavés, on monte, on descend, on passe entre des ruines éclairées, le cadre est enchanteur, ça bouchonne pas mal par endroits, car la descente est un peu glissante, des marches sont inégales, chacun y va de sa prudence dans ce dernier peloton, on est loin des champions de traileurs qui volent sur les obstacles !

Encore un peu d’asphalte, les lumières de la ville se font moins violentes, nous quittons les reverbères de la cité fortifiée pour nous en remettre à nos seules frontales…

Là, je constate immédiatement que ma frontale (différente de celle du noctutrail de Sully) n’éclaire pas tant que cela, elle diffuse un léger halo de lumière, dans un périmètre assez restreint. Heureusement, Domi m’a prêté également une petite torche électrique à tenir à la main, elle ne sera pas inutile !!

Nous quittons la route pour pénétrer dans la forêt, il y fait sombre et noir, le contraste est saisissant, je suis les coureurs devant moi pour me repérer, le temps que mes yeux se fassent à cette obscurité.

Je cours, mes jambes vont bien, j’espère me régaler autant que l’autre fois, les premières flaques de boue apparaissent, des personnes trébuchent, je fais donc attention où je mets les pieds, je ne vois pas grand-chose alors je reste vigilante.

Il y a du monde autour de moi, tout va bien…Je vais bien…

Les flambeaux disséminés ici et là rythment la course, indiquent le chemin, en embaumant l’air de leur flamme vacillante…

Je me fais alors rattraper par les coureurs du 10 km, Bruno qui fait cette course me dépasse sur ce tronçon, je continue mon petit bonhomme de chemin, dans une descente un peu raide où se chevauchent racines et pierres, je me mets sur le côté pour laisser passer les pressés…

Je gère mes sensations, bonnes pour le moment.

Il y a par endroits, pas mal de boue, cela freine ma course, car je ne suis pas vraiment à l’aise dans la glaise (ah bon, on dit à l’aise Blaise ???) je tente de parer au mieux, j’essaie les côtés du sentier, mais là ce sont les ronces qui attaquent les mollets, bon finalement elle est jamais contente la fille ou quoi ??

J’avance comme je peux…Pas vite, mais j’avance…Et surtout je cours toujours !!!

J’aimerais que Domi me voit, je me débrouille, et ça va !!

Et puis, au bout de cette ligne droite, un double panneau, l’un vers la gauche indique le parcours des 10 km, l’autre vers la droite celui des 18, je prends donc à droite puisque tel est mon destin…

Et là, comme si j’avais été séparée de tous mes congénères, je me retrouve seule !!! Complètement seule !!

Finis les pas rassurants des coureurs, les bruits des rires ou des mots, les frontales qui s’agitent à droite ou à gauche…Me voici isolée de tout, comme seule au monde, dans ce noir lugubre, plus une seule lumière à l’horizon, ni devant, ni derrière…

Et là, honnêtement je trouve ça tout de suite moins drôle !! J’ai une petite angoisse qui monte d’un coup, j’aime pas bien ce noir pour moi toute seule, ils le savent donc pas que je suis une immense trouillarde ???

Etre seule dans cette forêt la nuit est pour moi inimaginable, une phobie de longue date …ils vont me les rendre ces coureurs ??? Suis-je dernière ?? Me suis-je trompée de chemin ???

Bon, je dois me raisonner, je suis bel et bien seule, j’ai plus qu’une solution : il faut que je cours, alors je mets mon MP3, volume à fond, pour oublier ma peur panique, pour étouffer les bruits qui m’étaient si familiers lors du trail avec Domi, je ne veux plus entendre ni craquements, ni chouettes, ni rien, tout m’est devenu hostile !!

La forêt habitée par des petits Elfes souriants et joueurs, a laissé place à celle hantée par les méchants sorciers et autres esprits maléfiques de mes contes d’enfance…

J’essaie de ne pas me faire de films inutiles, je me concentre sur les rubalises pour ne pas me perdre, il ne manquerait plus que ça !!! Je les éclaire une à une de ma lampe à main…Je me rassure tous les cent mètres !!!

Si je me perdais ?? Arfff non, je ne peux pas me perdre, non, non, je suis une grande fille, j’ai juste à suivre les petits points lumineux de ces langues phosphorescentes…

Parfois j’hésite, aux croisées de chemins, des arbres tombés en travers, mais je continue, je guette sans succès la moindre lueur dans ce noir complet, je dois vraiment être la dernière sur ce parcours !!

Je suis seule, toute seule, et plus rien ne va !!!

Et si j’avais un malaise ??

Le prince charmant passera-t-il par ici pour le baiser qui ressuscite ??

Et si un sanglier déboulait sous mon nez ??

Faudrait-il que je grimpe à un arbre ??

Et si un pervers échappé m’attendait derrière un arbre ??

Devrai-je l’assommer à coups de frontale ??

Faut que j’arrête ces idées négatives, j’ai personne pour me booster, alors je me parle !!

« P**** qu’est ce que je’fous là dans cette galère ?? »

« Avance Sandrine, t’as plus que ça à faire, dis toi que tu es en rando, marche, cours, et va au bout »

« 18 km c’est rien, pense à tes potes du GRR, à Domi, qui ont fait 20, 30, 40 ou 50 H de course sur les sentiers Réunionnais, eux ils ont les c***** que t’as pas ! »

« Domi va penser quoi que tu fasses ta caprichieuse ?? T’es plus une gamine, alors oublie ton cauchemar et passe au rêve ! »

Une larme de colère m’échappe, une larme de peur peut-être aussi ? Alors, je cours, dès que je peux, je sais que l’on doit passer au village des Mesnuls, je vais donc forcément quitter cet enfer !!

Oui oui, pour moi ce terrain de jeux magique pour certains est devenu mon calvaire !!

Je veux le quitter au plus vite…. Mais quand je veux courir, soit cela grimpe indéfiniment, et …je marche…soit c’est tout plat, mais aussi …tout boueux…Et là…je marche aussi !! Je peste contre moi-même, parce que je n’ai plus l’envie !! Je fais un caprice, je bougonne, j’men fous, je marche, et qui pourra me dire quelque chose ?? Je randonne, tu randonnes, nous randonnons…

Pour la énième fois, je regarde derrière moi, et là, ô miracle, je n’hallucine pas, une petite lampe est en vue !!

Qu’elle me fait du bien cette petite lumière de rien !!!

Je la laisse me rattraper, c’est une petite dame, elle avait peur de s’être trompée de chemin, elle est seule aussi, et n’est guère plus rassurée que moi, mais je ne laisse rien transparaître, le fait de parler, d’échanger quelques mots me rassurent, et me remotivent !!

Elle me dit que l’on devrait faire un bon bout de chemin ensemble, mais que si elle va trop doucement, je peux la laisser sans soucis, ok, nous continuant donc toutes les deux, alliant nos solitudes nocturnes !!

Mais la petite dame toute gentille va moins vite que moi (si si ça existe !!), j’essaie de l’attendre, mais mon rythme s’en ressent, et c’est l’âme en peine que j’abandonne cette compagne de nuit, en m’éloignant d’elle à petites foulées… J’arrive à un ravitaillement, le seul et unique sur ce parcours, les bénévoles y sont une demi douzaine, mais autant de monde d’un coup me paraît une foule incroyable !!

Je bois un verre d’eau en les remerciant de leur présence, on échange des sourires chaleureux, j’en profite pour demander où j’en suis…

« La moitié à peu près.. » me répond le sourire.

Réponse anodine qui me mine et me plombe le moral, j’aurais donc fait environ 9 km ? Et mon chrono indique 1H30 …il me reste l’autre moitié à faire, pas dur de faire les comptes, je vais mettre 3 heures !!!! J’y crois pas !!! Je m’avale un bonbon à la menthe histoire de me remettre de mes émotions ! Je suis une nulle, tel est le constat que je fais à cet instant précis…

Mais j’ai retrouvé la route et une longue descente sur le ruban bitumineux, qui me redonne des ailes, de nouveau, je cours, enfin, j’ai un peu de temps à rattraper !!

J’arrive dans le village des Mesnuls, pas une âme qui vive, décidément, ce n’est pas un samedi soir comme je les aime forcément !!

J’observe tout de même les villas, les jardins, les portails, j’ose même un regard sur une fenêtre, l’intérieur y est chaud, l’ambiance tamisée, je devine une famille aisée autour d’une table joliment décorée ou sur le canapé devant un bon film, j’imagine la cheminée laissant danser les flammes orangées …Cela me fait du bien de penser aux gens normaux dans leur intérieur douillet … !

Et moi, moi qui suis seule dehors, dans cette nuit automnale !

De nouveau, le moral n’est pas au mieux, je suis lasse de cette aventure nocturne en solitaire, moi qui aime partager, qui recherche le contact, je ne partage rien, je pense à Domi, certaine que cette course aurait eu une autre saveur en sa compagnie…

Les jambes ne me portent plus, j’en ai marre, marre de subir, marre de compter ces kilomètres qui n’en finissent pas, marre de ne pas me régaler, j’ai l’impression désagréable de vivre une expérience contre moi !! Je cogite et je me donne un ultimatum, j’aperçois des bénévoles au loin, je vais jusqu’à eux, je leur demande combien il reste, s’il reste 2 ou 3 km je continue, sinon j’abandonne ici, point final !

J’ai une boule serrée dans la gorge, je retire ma musique, je me dirige vers cette dame, prête à lui demander l’info, quand mon portable vibre ….Domi a fini, il s’inquiète de savoir où j’en suis, si je vais bien, et là, rien que d’entendre sa voix, familière et douce, c’est la goutte d’eau, l’émotion, telle une petite fille, je fonds en larmes, une bénévole vient me demander si je vais bien, je l’écarte un peu brutalement en lui disant que tout va bien !! ça se voit non ??? La pauvre, je m’en excuse….

Je suis en colère, ou triste, ou déçue, ou les 3 à la fois !! « J’en ai assez, je suis nulle, j’aime pas, j’veux arrêter !! » Domi, apaisant me dit de me calmer, qu’il vient me chercher en voiture, tout va bien, j’ai fait une super course, ses mots m’adoucissent, et dans un sursaut de fierté, je demande tout de même à la bénévole combien de km il me reste à faire …

« Encore 3 km ! »

Je ne peux pas abandonner, pas ici, pas à 3 km !!! Je l’explique à Domi, il me rassure en me disant qu’il vient à ma rencontre, on ne va pas raccrocher, on va se parler ainsi jusqu’à notre rencontre…Cela sert à ça les forfaits illimités : discuter avec son chéri, dans la nuit noire, au milieu de nulle part !Il me calme, me fait rire, je ne perds pas de vue les rubalises, je suis de nouveau dans la forêt, je cours avec mon portable scotché à l’oreille, je vais retrouver mon chéri, tout va aller mieux maintenant !

Un couple me rejoint, je les avais croisés sur le parcours à un moment, on avait en fait à peu près le même rythme, si j’avais su, je me serais accrochée à eux. Domi avance sur le parcours inverse, nous parlons toujours au téléphone, je le guette au devant de moi, je vois une frontale, arriver face à moi, c’est le grand jeu du moment

« c’est toi qui arrive là, en face de moi ? »

« non c’est pas moi, je vois rien, mais j’arrive »

« et là c’est toi ?? »« regarde je fais clignoter ma lampe »

« euh non, par contre je faisais des signes à une jolie rubalise !! »

Je suis morte de rire, Domi m’a pris pour une rubalise !!! Et puis, enfin, il est là, au loin, il se rapproche, nos chemins se rejoignent, je l’embrasse avec vigueur, je ne cache pas mon bonheur de le voir ici !! Il me réconforte immédiatement de sa présence rassurante…

Il me décrit ce qu’il me reste à faire, une grosse descente, puis ce sera l’arrivée dans Montfort, et le tour sera joué…Mes jambes me reviennent, c’est bien connu, l’amour donne des jambes !! J’avale cette descente en courant, elle fait un peu mal, mais je la tiens, on continue en abordant l’entrée dans le village, on passe à côté de l’arche de départ, on reçoit les encouragements des coureurs qui en ont terminé .

Je crois que c’est fini, mais non, Domi me précise tout doucement que l’on doit encore…Monter là haut !! Là haut, non ce n’est pas possible, on ne va pas regrimper !??

Mais si, une jolie conclusion s’imposait, il nous faut encore monter les escaliers, des centaines de marches, qui me coupent les pattes, qui coupent le souffle !

Domi me tient par la main, il trouve que c’est une belle balade romantique…Les rues sont animées, les restos gourmets donnent envie de s’y arrêter…

Je ne sais plus si je dois rire ou pleurer, toujours est-il que nous faisons un dernier tour vers les remparts illuminés, c’est vrai que c’est beau, que flâner ici en amoureux n’est pas dénué de romantisme.

Enfin, si on avait pu éviter la grosse balade avant, cela aurait été tout aussi romantique !!

Domi m’encourage comme il sait si bien le faire, je vais enfin terminer, franchir cette ligne d’arrivée, quelques applaudissements des bénévoles et autres badauds, voilà, c’est fini..Domi m’embrasse, j’aime ce baiser de récompense, on fait une tite photo souvenir..

2H37 à mon chrono, rien de bien réjouissant, mais j’ai fini, et telle devra être ma seule fierté sur cette course.

Je n’ai pas abandonné, ni baissé les bras, j’ai lutté contre ma trouille comme jamais, je ne termine pas dernière (enfin presque), mais j’ai comme un goût d’amertume…

Cette sensation de ne pas avoir ressenti de plaisir, je n’ai pas touché le petit nuage que j’aime tant, je n’ai pas savouré, j’ai surtout subi par le mental, le temps fera certainement s’estomper cette impression étrange et fera forcément basculer cette course au rayon des chouettes souvenirs !

Ce n’est pas un échec, j’ai certainement fait un grand pas sans le savoir…

Mais la soirée continue, j’arrive la dernière des kikous au gymnase, ravie de retrouver les potes…

Il se fait tard, et nous rentrons tous tour à tour vers nos contrées, en nous promettant de nous revoir tous très vite…

Fin de mon deuxième trail nocturne….

C’est vraiment beau une forêt la nuit ????


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